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Exposé général sur les opioïdes 


Les drogues opioïdes se classent parmi les dépresseurs du système nerveux central. Certains opioïdes (p. ex. l’opium, la morphine et la codéine) sont des substances naturelles provenant de la gousse du pavot asiatique, le Papaver somniferum, tandis que d’autres sont des préparations semi-synthétiques (p. ex. le DilaudidMD, l’héroïne, le PercodanMD et l’OxyContinMD) ou entièrement synthétiques (p. ex. le DemerolMD et la méthadone) produites en laboratoire.

Les opioïdes illicites, comme l’héroïne (diacétylmorphine ou diamorphine, qu’on appelle aussi H, cheval, héro ou smack dans le milieu) sont des drogues dont on fait souvent l’abus. L’héroïne est une fine poudre blanche ou brune qu’il est possible de renifler, de fumer (« chasser le dragon »), d’absorber par voie orale ou d’injecter sous la peau (injection sous-cutanée), mais habituellement, elle est injectée par voie intraveineuse. En général, les opioïdes créent une forte dépendance.

Les produits opioïdes naturels (aussi connus sous le nom d'opiacés) sont efficaces pour réduire la douleur (p. ex. des analgésiques comme la morphine) ou comme antitussifs (p. ex. la codéine). Les opioïdes semi-synthétiques ont aussi des utilisations médicales valables comme analgésiques (p. ex. l'oxycodone) ou comme antitussifs (p. ex. l'hydrocodone). À l’exception de la codéine, que l’on trouve dans quelques produits en vente libre, les opioïdes, qu’ils soient naturels, semi-synthétiques ou synthétiques, sont régis par la Loi réglementant certaines drogues et autres substances (Annexe 1), ne sont accessibles que sur ordonnance et doivent être utilisés sous surveillance médicale étroite.

Selon des données de l'Enquête de surveillance canadienne de la consommation d'alcool et de drogues (ESCCAD) de 2009, 0,4 % des Canadiens de 15 ans et plus ont déjà consommé de l’héroïne une ou plusieurs fois. Des rapports produits par l’Ontario et le Manitoba indiquent que 0,7 % des élèves de la 7e à la 12e années ont déclaré avoir pris de l’héroïne au cours de la dernière année. En ce qui concerne les opioïdes sur ordonnance, des données récentes de l’ESCCAD montrent qu’environ 19 % des Canadiens de 15 ans et plus ont pris des analgésiques sur ordonnance (p. ex. PercodanMD, DemerolMD, OxyContinMD) en 2009. On note des taux semblables chez les jeunes : en effet en 2009, environ 18 % des élèves du secondaire ont déclaré avoir pris des analgésiques opioïdes à des fins non médicales au cours de la dernière année.

Les Canadiens sont parmi les plus grands consommateurs d’opioïdes sur ordonnance, et l’usage de ces médicaments a augmenté d’environ 50 % de 2000 à 2004 (Organe international de contrôle des stupéfiants, 2006), soit une hausse plus importante que celle des États-Unis pour cette période. Si on tient compte des opioïdes utilisés dans le soulagement de la douleur aiguë et en phase palliative, le Canada arrive actuellement en troisième place des pays du monde les plus grands consommateurs d’analgésiques opioïdes par habitant (Organe international de contrôle des stupéfiants, 2009).

En 2005, le Canada a lancé l’initiative NAOMI (North American Opiate Medication Initiative) au centre-ville de Vancouver et de Montréal pour que les personnes ayant une dépendance chronique à l’héroïne puissent s’en procurer sur ordonnance. De plus, au Canada et dans de nombreux pays, certains médecins spécialement autorisés prescrivent de la méthadone, un opioïde synthétique à action prolongée, pour faciliter le traitement de la dépendance à l’héroïne et à d’autres opioïdes. Bien que la méthadone crée une forte dépendance, elle sert de substitut à l’héroïne. Les motifs à l’appui de l’utilisation de méthadone et d’héroïne d’ordonnance sont la réduction de méfaits à soi et aux autres en lien avec l’injection d’héroïne. De plus, en 2010, des lignes directrices (Canadian Guideline for Safe and Effective Use of Prescribed Opioids for Non-Cancer Chronic Pain) ont été publiées pour aider les médecins et les spécialistes de la douleur à faire un emploi sécuritaire et efficace des opioïdes dans le traitement des patients.

En général, les effets des opioïdes consommés en faibles doses comprennent la disparition de la douleur et du réflexe tussigène, des étourdissements, une vivacité d’esprit moindre, la somnolence et une légère anxiété ou euphorie. Les opioïdes en plus fortes doses entraînent des effets comme une sédation ou une euphorie plus importantes, des troubles de la concentration, une baisse du rythme respiratoire et de la tension artérielle, la contraction des pupilles, la constipation et, dans certains cas, un pouls rapide et irrégulier. Il y a toujours un risque de surdose d’héroïne (dont témoignent une peau fraîche ou bleuâtre, des convulsions, du délire, un ralentissement de la respiration, un coma ou, dans certains cas, la mort), car les effets d’une dose varient en fonction de sa pureté et de la tolérance de la personne. Combinée à l’alcool ou à d’autres drogues, la consommation d’héroïne peut être très dangereuse. Les personnes qui utilisent des opioïdes à forte dose à longue échéance sont susceptibles de développer des problèmes pulmonaires à cause des effets qu’entraînent ces fortes doses sur le système respiratoire. L’utilisation d’aiguilles, de seringues et d’autres accessoires de consommation contaminés peut causer l’hépatite C, le VIH/sida et d’autres infections transmissibles par le sang. Les femmes dépendantes aux opioïdes peuvent connaître, pendant la grossesse et l’accouchement, toute une gamme de complications. De plus, il est possible que les nouveau-nés soient dépendants de cette drogue à la naissance.

La tolérance aux opioïdes apparaît assez rapidement, si bien qu’il faut augmenter les doses pour maintenir l’intensité des effets souhaités. La plupart des opioïdes (d’ordonnance ou illicites) entraînent une forte dépendance. La consommation régulière pourrait entraîner une dépendance physique. Les symptômes de sevrage, qui peuvent comprendre une anxiété grave, de l’insomnie, une transpiration profuse, des spasmes musculaires, des frissons et des tremblements, peuvent apparaître quatre à cinq heures après la dernière dose. Il est possible que la dépendance aux opioïdes sous forme de comprimés ou de capsules (comme le PercodanMD ou l’OxyContinMD, version à action prolongée du PercodanMD) ne soit pas perceptible par l’utilisateur pendant un certain temps. Les personnes peuvent remédier aux malaises du sevrage en prenant une autre dose, sans se rendre compte qu’elles sont devenues dépendantes.

Selon des données récentes de l’Ontario, le nombre de décès liés aux opioïdes d’ordonnance a doublé en un peu plus de 10 ans dans la province, passant de 13,7 par million en 1991 à 27,2 par million en 2004 (Dhalla et coll., 2009). Les demandes d’admission dans des programmes de traitement de la dépendance aux opioïdes sur ordonnance en Ontario ont aussi doublé entre 2004 et 2009 (Fischer et coll., 2010).

La possession illégale et l’obtention de multiples prescriptions d’opioïdes et d’autres médicaments sur ordonnance sans divulgation appropriée sont des infractions criminelles qui peuvent s’accompagner d’une amende d’au plus 1000 $ ou d’une peine d’emprisonnement maximale de six mois, voire des deux sanctions, dans le cas d’une première infraction (déclaration sommaire de culpabilité). Les sanctions augmentent dans les cas d’infraction subséquente ou de possession de quantités plus importantes (p. ex. une condamnation pour trafic peut entraîner une peine d’emprisonnement à perpétuité). 



Références

2009 Ontario Student Drug Use and Health Survey (en anglais seulement) (résumé disponible en français : Résumé du rapport détaillé sur la consommation de drogues – SCDSEO 2009)

Alcohol and Other Drugs: Students in Manitoba, 2007 (en anglais seulement) (sommaire disponible en français : Alcool et d’autres drogues : élèves au Manitoba 2007)

Enquête de surveillance canadienne de la consommation d'alcool et de drogues, Sommaire des résultats pour 2009

Canadian Guideline for Safe and Effective Use of Opioids for Chronic Non-Cancer Pain (en anglais seulement)

Dhalla, I.A. et coll. Prescribing of opioid analgesics and related mortality before and after the introduction of long-acting oxycodone, Journal de l’Association médicale canadienne, vol. 181, 2009, p. 891-896

Fischer, B. et coll. Changes in characteristics of admissions to treatment related to problematic prescription opioid use in Ontario, 2004–2009, Drug and Alcohol Dependence, vol. 109, 2010, p. 257-260

Organe international de contrôle des stupéfiants

North American Opiate Medication Initiative (NAOMI) (en anglais seulement)

OxyContinMD (Chlorhydrate d'oxycodone)
Ottawa (Ontario) : Centre canadien de lutte contre l'alcoolisme et les toxicomanies (CCLAT), janvier 2004.

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 Date de modification : 2011-03-07
 


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